Accroche toi Boro!

25/08/2017

11 Juillet 2017 / Mongolie / Entre l'Arkhangai et l'Uvurkhangai

 

 

 

Ah mince j'ai perdu les étriers, je vais... Mais pourquoi il s'emballe!

 

Le cheval part au galop, les étriers lâches frappent ses flancs, est-ce bien un cavalier sur son dos, la masse est bizarrement répartie et instable, la panique enflamme le cerveau de l'animal, tout en galopant, il se tort en zigzagant!

 

WHOO!!! Mais il va me balancer au sol! Faut pas que je lâche la poignée de la selle...

 

Bruno s'accroche au cuir, son corps passe un peu trop rapidement de la gauche à la droite du cheval. Il brinqueballe, et bringuebale. Le bruit des sabots frappant la terre sèche attire le regard du groupe de touristes, Anne-Tiphaine reste interdite face à la scène. Heureusement l'animal effrayé est un peu à l'écart du groupe et la panique ne s'étend pas aux autres équidés.

 

Hooo, le %§!£°0!! Pas question de tomber.

 

Le cheval reconce aux écarts et fonce tout droit. C'est l'animal le plus rapide de l'éleveur mongole.

L'incompréhension et la surprise laissent presque intantanément place à la peur, à la panique. Le cerveau de l'homme et de la bête s'harmonise dans le chaos.

 

Tomber? S'accrocher? Etriers? Lâcher? Tirer? Crier?

 

Et l'adrénaline fait son effet, les centièmes de secondes s'allongent, et la poupée de chiffon semble reprendre un peu de consistance. Néanmoins, l'animal est déjà lancé à pleine vitesse.

 

Bon, je peux tenter de maîtriser la chute tout de suite, en me laissant chuter sur le côté, ce qui me permettrait d'éviter les sabots du cheval et de tomber à une vitesse qui risque d'être encore supérieure dans un instant. Mais... Le sol défile un peu vite quand même. Et en face? La steppe à perte de vue. J'ai beau tirer sur les rênes, cet imbécile accélère.

 

Anne-Tiphaine se ronge les sangs, frustrée de ne pouvoir intervenir et priant de ne pas assister à une chute grave. Le groupe de touristes précédent a tout de même vécu un rapatriement sanitaire pour une malléole fracturée. Et Bruno avait l'air plus malin tout à l'heure à faire le fier à monter comme un mongole, sans une bombe (casque d'équitation) pour se protéger. Enfin, il ne semble pas tomber...

 

Abandonnant définitivement les étriers, et toute idée d'un maintien académique, Bruno raffermit un peu son assise. Malheureusement la peur de donner au cheval l'envie de se débarrasser de son chargement lui interdit de tirer suffisamment fort sur les rênes; au lieu de s'arrêter la bête s'appuie sur le mors pour accélérer encore. Tête baissée, oreilles rabattues, une flèche blanche traverse la mer verte de la steppe. L'endroit est préservé des trous de marmottes et de chiens de prairie, et l'animal laisse libre cours à son physique de sprinter.

 

Ils galopent bien à cru eux! Moi je suis tout de même sur une selle, avec une poignée. Respire. Respire normalement, si ça doit durer, faut tenir. Reste à me décrisper, mais rester tonique, car si la chute n'est pas la solution envisagée, elle me sera peut-être imposée. Les cuisses, les bras doivent me maintenir, mais sans contrarier les mouvements du cheval. Et maintenant acceptons le défis d'endurance : il doit ralentir avant que mes muscles ne fatiguent.

 

Il n'est pas possible qu'il ait partagé les pensées de l'homme, et pourtant, comme pour briser le calme naissant, ou bien après avoir trébuché, la bête allonge encore son galop.

 

Bon je flippe bien, mais c'est tout de même fou, je suis entrain de galoper à pleine vitesse au milieu des steppes mongoles. Le vent siffle, j'entends le souffle puissant du cheval et la musique enivrante des percussions des sabots.

 

J'aimerais bien avoir mes étriers.

 

Et cet enflure de cerveau de bétail qui ne ralentit pas du tout. Je n'ose pas me retourner. Où sont les autres. Anne-Tiphaine ne doit pas être bien... Je me pète le dos. Bon respire, il faut tenir. Je me demande si je vais vraiment tenir. Allez, accepte et galope! Pourquoi pas, c'est grisant non?! Le paysage défile, l'air me fouette le visage... Si seulement je maitrisais quelque chose!

Bon je retente je tire sur les rênes! L'enf*£O@!&, il accélère, mais non! Ah pour cavaler dans les steppes en toute liberté, je suis servi! Allez, on se calme, on respire...

 

Agui est né dans une yourte. A 3 ou 4 ans, il galopait. Peut-être pas encore sur les selles montantes, dures, en bois colorées typiques de Mongolie mais il était déjà sur un cheval.

 

Puis comme son père il a élevé son propre troupeau.

 

 

 

C'est d'ailleurs son cheval préféré que Bruno monte.

 

 

 

Les autres bêtes proviennent de son troupeau ou de celui de son père. Agui est également champion du sport équestre où il faut ramasser au galop un objet posé au sol. Bref, il se débrouille sur un cheval.

 

Bruno, à l'écart du groupe lorsque son cheval s’est emballé, n'a pas crié tout de suite, s'il a crié. Et Agui tenait à la longe un autre cheval pour rassurer une cavalière; il fallait donc qu'il passe la longe à un autre accompagnateur, puis, avant de partir au galop, qu'il s'éloigne pour éviter de paniquer les chevaux déjà nerveux. En effet ces animaux vivent en troupeau, libres la majorité de l'année, leur instinct de proie est fort et quant l'un panique et s'enfuit les autres ont la fâcheuse tendance à suivre. C'est seulement maintenant, au début de la saison que les mâles sont capturés pour être montés. Les femelles quant à elles produisent le lait pour le précieux aïrag (lait de jument fermenté).

 

 

 

 

​​C'est bien beau tout ça mais j'en peux plus... Il ne va jamais s'arrêter, c'est une machine! FFFOUUU. Allez, tant pis, on galope. Si seulement je pouvais être un peu plus stable...

 

AGUI!!

 

Ouf! Hein? Tu me fais signe de tirer sur les rênes, mais je ne fais que ça!

 

"Mais je tire, je tire! Il accélère ce bourrin, il accélère!"

 

Et le tempo des percussions des sabots accélère! Agui est distancé, il pousse à nouveau son cheval pour rattraper le malheureux à la dérive.

 

Ah il semble me faire signe qu'il va s'approcher du cheval. Oh la la!  On galope maintenant côtes à côtes. On va se... Bon lui il maîtrise.

 

Le petit cheval brun clair d'Agui, celui qu'il utilise pour capturer les autres au lasso, galope fièrement sa belle crinière grise flottant dans l'air, son roulement de sabots et la terre qu'il soulève viennent s'ajouter au trouble créé par le blanc. C'est souvent, non par un prénom loufoque comme en France, mais par leur robe que les chevaux sont désignés en Mongolie. D'ailleurs en bon éleveur, le surnom choisi par Agui, pour Bruno plus bronzé que les autres touristes, est Boro qui signifie marron (et aussi pluie). Anne-Tiphaine s'en sort mieux avec Aruna, la pureté.

 

Du point d'observation du groupe, le vacarme coloré qui traverse la plaine semble à peine dérangé cette dernière, tant son immensité fait paraître sans importance ces petits animaux qui s'agitent au loin. Mais d'avis d'Aruna ce qui se joue ici a quelque importance.

Agui approche son cheval de celui de Boro.

 

Imbécile de canasson! Ce n'est pas une course, n'accélère pas! Oh non Agui ne fait pas cette tête, si tu paniques, j'vais pas y arriver...

 

Comprenant que le blanc risque de distancer le brun à chaque fois qu'il le voit se rapprocher, à la deuxième tentative, Agui décide d'agir vite et se place vivement sur le flanc gauche de l'autre cheval, bord à bord. Les bêtes sont si proches que les cavalier distinguent clairement les gouttes de transpirations qui trempent leurs flancs. Les jambes et les étriers s'entrechoquent et avant que la monture de Boro ne réagisse, de la main gauche qui tient ses propres rênes, Agui attrape celles de l'autre cheval. Bruno se penche en effet vers lui pour rapprocher fébrilement ses rênes et également pour anticiper le choc et le freinage qui risque d'être brusque, mais Agui s'assure lui même de l'équilibre et pose sa main libre sur l'épaule de Boro, il tire sur les rênes de son cheval, l'attelage de fortune freine en virant sur la gauche, Bruno s'appuie sur la main d'Agui pour compenser la force centrifuge, et l'embarcation sort enfin des rapides pour se stabiliser dans une queue de courant.

 

Comme ça, juste comme ça! Là tu t'arrêtes. Ah, merci Agui! MEEEERCI!Pfiouuuuuu. Foutu canasson. Wooooo!! Les autres sont minuscules au loin! Je suis indemne! Je suis un cavalier des steppes!!

 

Agui, l'air soulagé, peut-être un brin amusé, doit penser "Mais comment ces touristes se mettent dans ces situations impossibles?"

Néanmoins, il demande gentiment, en français! : "Ca va?"

Et Bruno : " Tim, tim. Tsuger!"

 

J'ai maintenant un héros. Agui, l'homme qui a sauvé ma vie!

 

Et comme un petit sur son poney, soulagé et penaud, les pieds bien enfoncés dans les étriers, Bruno se laisse guider à la longe par Agui jusqu'au groupe, en sécurité!

 

 

PS : Un grand merci à Ludivine, François, Adèle à qui nous avons emprunté les plus belles photos! Un grand merci à notre groupe et accompagnateurs mais on développera cela dans le prochain article...

 

PS2 : Bientôt un nouvel article pour partager toutes les merveilles de la Mongolie!

 

En bonus le débourrage :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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