Pays Toraja : un dernier voyage à dos de buffle.

 

Aujourd'hui nous avons un guide, nous le suivons donc sur nos scooters. Nous irons assister à une cérémonie funéraire...

Tourisme morbide et voyeurisme? Et bien non, ici organiser une grande fête, où l'on fait démonstration du faste déployé au plus grand nombre d'invités, c'est rendre hommage à la personne décédée.

 

Bon, bon, en route donc. La cérémonie se déroulant généralement sur trois jours, nous demandons à notre guide d'éviter le jour où ont lieu les sacrifices d'animaux et préférer plutôt, le jour de présentation du corps, ou la mise au tombeau, avec ses habits traditionnels et ses danses, cela convient mieux à la sensibilité de Raphaëlle et d'Anne-Tiphaine.

 

Après une jolie balade à travers champs et forêts, nous poussons nos scooters à bout de bras dans une montée caillouteuse, puis remontons sur nos engins, et après quelques minutes, aux nombres de voitures et deux roues, nous devinons que notre destination se rapproche. Nous nous garons et suivons le guide, un peu gênés, nous saluons avec réserve toutes les personnes que nous croisons.

 

Nous longeons le tongkonan de la famille qui rend aujourd'hui hommage à la personne défunte. Cet édifice traditionnel est encore parfois lieu d'habitation, mais quand il appartient au chef d'une famille, il représente aussi cette dernière et ses ancêtres! Il est finement sculpté et sa façade est ornée des mâchoires de porc et têtes de buffles offertes à la famille...


 

En parlant de tête de buffle, nous comprenons mieux l'air embarrassé de notre guide, lorsque nous nous trouvons à deux pas du corps d'un buffle,

et à égale distance de sa tête.

L'espace dégagé devant le tongkonan est une boucherie à ciel ouvert, les hommes transpirent et s'évertuent, à coup de machettes, à séparer les buffles en morceaux plus raisonnables. La famille remerciera en effet ses invités en leur offrant la viande de l'animal.

Un cochon se balade tranquillement, ne semblant pas connaître la tradition locale, qui veut qu'après les buflles, ce soient les cochons, eux offerts par les invités, qui servent de repas aux convives.

Bon vous l'avez compris, ce n'est pas aujourd'hui que nous assisterons aux danses traditionnelles, aujourd'hui nous observons les enfants jouer avec les sabots de buffles attachés par une ficelle, c'est le joujou traditionnel du jour.

Aucun bambin ne détourne la tête lorsqu'il faut retirer les abats du ventre fumant du bovin, laissant ses intestins se répandre sur les feuilles de bananes étalées là pour protéger la viande de la boue... Question de culture et d'habitude.

 

Âmes sensibles reprenez après la vidéo.

 

 

 

  

Je repense alors, à ce garçon qui lavait amoureusement son buffle, le guide nous expliquant qu'il l'élèvera avec soin pendant plusieurs années.

Voilà la finalité. Aujourd'hui j'apprends que s'il en est encore propriétaire le jour du sacrifice, c'est lui même qui tuera l'animal en l'égorgeant d'un coup de parang (sorte de machette)...

Moi qui m'imaginais déjà une amitié fabuleuse, une aventure extraordinaire où l'enfant et le buffle seraient tout l'un pour l'autre, ce n'est pas tout à fait cela.

Non vous n'aurez pas la vidéo du sacrifice du buflle, afin de ménager les âmes sensibles (nous sommes arrivés après les égorgements en vérité, et ce n'est pas grave).

 

 

Il faut tout de même savoir que si le moment est grave, la mort de l'animal faisant écho à celle de la personne défunte, c'est aussi des dizaines de milliers d'euro qui sont entrain d'être découpés et partagés sur ces feuilles de bananes. (Et là mon pote Luciano a les mains sales).

En effet il faut compter 8000 euros pour un buffle basique (mais oui, vous savez, le dos un peu voûté, le regard abattu), et jusqu'à 60 000 euros pour les bêtes miraculeuses (albinos aux yeux bleus...) appelés bonga ou saleko, je ne me souviens plus de la différence qu'on m'avait pourtant expliqué au marché de bétails de Rantepao.

Tous les buflles que nous avons croisé sont donc élevés dans l'intention d'un sacrifice rituel, tout un pan de l'agriculture et de l'économie locale existe en raison de ces traditions ancestrales.


 

 

 

  Cette croyance anciennes aluk (“la voie”) dans certaines régions a été intégrée à la religion musulmane (bon, il doit y avoir moins de sacrifices de cochons) tandis qu'ici le syncrétisme religieux s'est fait avec la religion chrétienne.

Nous offrons les cadeaux traditionnels : du sucre (lorsqu'on n'a pas de cochon sous la main, on peut aussi offrir des cigarettes). On nous installe sur un plancher en bambou et on nous offre du thé et des gâteaux (très bons!).

Le guide nous explique que maintenant la situation peut s'envenimer. Le chef de famille va en effet désigner à qui offrir les têtes de buffles, il peut froisser une famille puissante en lui refusant l'honneur de voir bientôt un nouveau crane de bovin orné le tongkonan familiale! Nous retenons notre souffle, une tête part dans une famille, puis une autre, et voilà la dernière tête offerte... Et non tout se passe bien! Sauf pour les cochons, qui malgré les hommes qui préparaient le feu, les piques et le gros sel, continuent à ne se douter de rien..

En voilà un attrapé, cette fois on assiste au sacrifice :( , et très rapidement (c'est assez déstabilisant) à la cuisson de la bête, juste du gros sel pour assaisonner, un régal!

En quittant les lieux, nous voyons d'autres cochons saucissonnés à l'aide de cordes et de bambous attendant leur sort.
 

Alors pourquoi ces sacrifices? Bon les cochons, parce que c'est bon grillé avec du gros sel. Plus sérieusement, le défunt se rendra au pays des morts accompagné des buffles sacrifiés qui assureront de son rang et prestige.

 

 

 

Cette idée qu'il est important de montrer son importance, sa puissance dans la société se retrouve sur le site de Bori' Parinding, où l'on observe d'étranges menhirs. En effet, chaque famille puissante dépose ici cette étrange totem minéral, dont la hauteur témoigne de la richesse.


 

 

Il a bien plus à voir sur ce site et sur d'autres, et pour comprendre un peu mieux la culture et les rites funéraires Toraja, nous décidons de passer une nuit chez l'habitant.

Ce soir nous dormirons dans une famille toraja, laissant Raphaëlle et Philippe à l'hôtel, nous irons chez Mischke, qui nous fera découvrir un peu plus cette mystérieuse culture...


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