Les gens d'en haut n'iront au ciel tant qu'ils n'iront au tombeau.

09/08/2018

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Les Bugis qui sont restés près des côtes, appelaient les gens des montagnes : Toraya (littéralement « ceux d'en haut »).

Un en haut qu'on observe bien dans les alentours de Batutumonga.

 

 

 

 

Et aujourd'hui, nous avons la chance d'être accueilli par Mishke, dans la maison du chef d'un village. C'est bien sûr un buffle qui nous accueille d'abord, couché au centre d'une place entourée de sept ou huit maisons traditionnelles. Depuis une petite dizaine d'années, et le décès du père de notre hôte et chef du village, elles ne sont plus habitées. Certaines servent d'entrepôt.

Seulement une grande maison en bois, à l'extrémité de la place, construit dans une architecture plus moderne est habitée, par la mère de notre hôte, et c'est ici que nous logerons.

Nous visitons néanmoins l'ancienne maison du chef, impressionnée par la façade décorée et sculptée et les nombreuses têtes de buffle et mâchoires de cochons qui ornent le mur. Nous grimpons l'escalier extérieur, Mishke nous explique que la grande et unique pièce était divisée en deux parties principales, au fond pour ses parents et devant pour les enfants, la cuisine...

 


 

 

 

 

Nous lui racontons que nous avons assisté à une journée consacrée aux sacrifices des buffles, nous lui disons être étonnés du sacrifice de deux buffles et ainsi de la dépense énorme que font les familles pour ces cérémonies (rappelons qu'un buffle coûte entre 8000 et 60 000 euros). Elle nous explique que alors que ce n'est pas grand chose, que c'était probablement une famille modeste. Lors de la cérémonie funéraire consacrée à son père, plus d'une vingtaines de buffles ont passé l'arme à gauche.

Pour ce faire, son père a du attendre presque 4 ans et d'autres attendent 10 ans !

 

Ce mot, « attendre », nous fait tiquer. Il n'a quand même pas programmé sa mort puis , harakiri ! Mishke, qui devine une légère incompréhension, explique.

Ici un être cher est considéré comme « malade », tant que son corps ne rejoint pas un tombeau. Lors de la mort, disons « médicale », le corps est embaumé, placé dans un cercueil ouvert qui reste dans la pièce à vivre. Lors des repas, on continue à préparer une assiette pour le « malade », on lui parle, il est toujours dans le monde des vivants.

 

Le lendemain Mishke qui nous invite à une réunion familiale en vue de la préparation d'une cérémonie funéraire pour un oncle et une tante décédés respectivement deux ans et deux semaines auparavant. Nous sommes très naturellement invités à les saluer, un autre couple de touristes, qui nous accompagne demande à prendre des photos, « mais bien sûr » répond la fille des défunts, elle se tourne vers nous pour nous inviter à faire de même... Nous ne tenterons pas de selfie. Pour les amateurs vous trouverez facilement sur le net des photos de ces corps momifiés. 

 

Ici encore l'oncle défunt a dû attendre, car il fallait que la famille réunisse l'argent nécessaire aux célébrations, à l'achat des buffles.

On pourrait croire à une ambiance glauque mais point du tout, le soleil brille, les membres de la famille sont heureux de se réunir, du monde s'active en cuisine, les enfants jouent au foot, et les invités sont choyés, tout est très naturel.

 

 

 


 

 

 

 

 

Nous nous mettons au diapason. Tout le monde est très chaleureux, on observe les hommes choisir et couper les bambous pour le fameux Papiong (Viande de porc ou buffle) hachée avec de l'oignon, de l'ail, du sel, gingembre et citronnelle, le tout cuit dans un bambou sur les braises! En observant la cuisson, nous sommes vite inviter à goûter l'arak (vin de palme local), et pour accompagner un peu de cochon grillé...

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans quelques temps, le couple aura droit à sa cérémonie funéraire qui se conclura par la mise au tombeau, en pleine terre pour les familles les plus modestes, ou dans une roche calcaire creusée pour les autres.

Certaines familles placent devant ces tombes minérales des représentations des défunts, les Tau Tau, sculptés dans le bois.

 

Enfin, l'âme sur le dos d'un buffle pourra enfin rejoindre le paradis.


 

 

 

 

 

 

 

Dans le cas plus terrible des décès d'enfants (qui n'ont pas encore eu de première dent), le rite funéraire diffère. Un côté un peu elfique : la famille creuse une cavité dans un arbre sacré, place le corps du bébé, puis  scelle cette cavité avec de la fibre de palme. Avec le temps l'arbre cicatrisera, et constituera la nouvelle "mère de l'enfant" dans l'au-delà. 

 

 

 

 

 

 

Malheureusement nous ne sommes pas à la bonne saison pour assister à de grandioses cérémonie funéraire qui ont plutôt lieu en juillet. On peut alors assister aux danses traditionnelles, découvrir les costumes... 

 

Nous partons néanmoins ravis, avec le sentiment d'avoir surtout partager 


 

 

Bonus : préparation du Pa'piong

 

 

 

 

 

 


 

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