Un yatai et ça repart!

17/02/2020

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L’escalator me porte doucement vers les quais et mon départ. Mais, à vrai dire, je suis déjà parti, la voiture de Takiguchi aussi.

Seul avec ma valise, je ne reverrai peut-être plus jamais ces personnes dont j’ai partagé la vie. C’est assez rare de faire de vrais adieux à notre époque ; c’est aussi triste que poétique.

 

Impossible de dormir dans le train ; je regarde dans le petit cinéma de mon cerveau le film de ces dix jours intenses. La pellicule se déroule, le train roule, je m’éloigne de Takemaru et plutôt que de dormir, j’ai l’impression de m’éveiller doucement d’un rêve agréable.

 

Gare de Fukuoka, la foule, ma valise et moi. Le parvis, par son grand espace dégagé et son imposante façade, semble me dire : « que fais-tu là petit homme, avec seul compagnon ta boîte à roulettes ? »

 

 

Très bien, je lui tourne le dos et prends le chemin de ma guesthouse, sur la route, un gentil couple me rassure sur mon itinéraire. Les grandes avenues et buildings, les citadins pressés, les enseignes de commerces et d’entreprises, les panneaux publicitaires finissent de me faire douter de l’existence de Takemaru. Comme Chihiro sortant de son tunnel, je retourne au monde normal.

 

L’espace commun de l'auberge de jeunesse est agréable, branchouille, comme le barman à son bar, mais sympathique. Je remplis les formalités d’usage, récupère les codes nécessaires et me rends au dortoir.

Je sors quelques affaires de ma petite boîte pour m’installer dans ma nouvelle boîte. L’adulte encore un peu chagrin a envie de râler, mais en vérité l’enfant est assez content d’investir sa petite grotte; l’idée d’une sieste met d’accord les deux.

 

 

 

 

 

Au réveil la décision est prise, je n’ai plus que deux jours à passer à Fukuoka et au Japon : je sortirai de ma nostalgie, en même temps que de ce dortoir !

Je repère à une table deux joueurs de cartes, je demande à m’incruster dans leur partie, ils m’accueillent avec le sourire, j’offre la tournée de bière. Les présentations s’allongent en discussion, aucune carte ne sera finalement jouée. Mes nouveaux compagnons sont arrivés hier et se sont rencontrés ici, 10 ans d’âge les séparent. L’un a laissé femme et enfants en Suède pour venir à une convention de son église ; je doute un peu de sa piété, étant donné son vif intérêt pour la table de jeunes filles japonaises à côté. Nathan quant à lui, londonien dans la vingtaine, est en stage dans l’entreprise de son cousin. On accroche tout de suite avec Nathan, il est curieux du Japon, plein d’entrain, je retrouve vite une humeur plus joyeuse. Lui débute un séjour de six mois, moi je pars après-demain, chacun a une bonne raison de célébrer cette soirée. J’aimerais leur faire profiter de ma petite expérience du Japon, et de ma débrouillardise dans la langue du pays, pour leur faire passer une soirée un peu authentique.

Je prends plaisir à découvrir de nuit ce quartier de Fukuoka en discutant avec un anglais et un suédois. Tout en nous dirigeant vers la rivière, je passe ma tête à travers les noren (petits rideaux à l'entrée des commerces) que je croise pour essayer de dénicher une ambiance chaleureuse et typique, et c’est finalement et naturellement dans un yatai que s’arrêtent nos pas.

 

Le yatai, c’est parfait; ces restaurants se montent aux alentours de 18h puis disparaissent à la fin de la soirée. Entre restaurant et cuisine de rue, ils sont un peu la signature de Fukuoka. Je commence la conversation en japonais avec les gérants et quelques clients, heureusement un groupe de trentenaires a étudié à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et la conversation peut se poursuivre avec fluidité, sans que je joue le mauvais interprète. Devant nous, cuisent sur de jolis charbons rougeoyants quelques yakitori, j’offre la première tournée de brochettes, Nathan la première tournée de highballs, je fais goûter du natto aux européens, les grimaces viennent avec les rires, les abords de cette rivière sont joyeux.

Nous poursuivons notre soirée derrière de grands noren jaunes, dans un izakaya. Ici très peu d’anglais, Nathan en bon élève met en pratique les quelques expressions de japonais qu’il connaît et que je lui ai apprises en chemin.

Parfois les gestes suffisent, parfois je traduis comme je peux, je m’y perds un peu entre les trois langues. Je m’en rends compte au sourire amusé de Nathan, qui au bout d’une minute de traduction m’interrompt, en français, d’un (lire avec l’accent londonien) : « je ne parle pas français Bruno ».

Et deux minutes après, nouvelle traduction, cette fois un rire : « Still not talking french. ».

Il me répétera souvent cette phrase, le français revenant souvent dans ma bouche pour traduire le japonais…

 

Karaagé (poulet frit façon japonaise), aubergine marinée, on mange, on parle, et on poursuite la soirée avec quelques clients de l’izakaya dans un bar à côté et décidons enfin de rentrer : chacun a des projets demain. En ce qui me concerne, je veux voir les parades du Hakata Dontaku, festival célèbre dans cette région.

 

Mais un obstacle se dresse sur la route vers mon sommeil : la ville de Fukuoka actuelle est en fait la réunion de l’ancienne ville de Fukuoka avec son château, et de la ville de Hakata avec son fameux port. Ainsi étape importante sur les routes maritimes commerciales, Fukuoka est une métropole vivante et cosmopolite, influencée par la Chine et bien sûr par la Corée voisine; dans la gastronomie notamment on peut retrouver le goût coréen pour la cuisine relevée! 

La ville de Busan (ou Pusan), qui est un peu la Marseille de la Corée du Sud, se situe à seulement quelques heures de ferry du port de Hakata! Mais cela c'est un autre voyage... 

Bref revenons en à mon problème . De retour à l'auberge, un groupe de coréens est installé dans la pièce commune... Et une main se lève pour m’inviter.

 

- Bon, bon, mais pas longtemps.

 

Je me réveille tout habillé dans mon lit, avec un souvenir de rires, de discussions autour de la vision plus pacifiée chez les jeunes des relations coréo-japonaises, de chansons, d’ego flatté en refusant mal à l’aise, sous les regards rieurs de ses amis, les avances d’une étudiante coréenne au regard éthéré… A ce souvenir, je m’empresse d’envoyer un message à ma douce pour la faire un peu rager.

 

Bon, une bonne douche, un café au bar et un doliprane. Nathan ne répond pas, il doit dormir. Tant pis, je ne pourrai plus le joindre sans wifi mais j’ai rendez-vous avec une blogueuse française spécialiste de Fukuoka, alors en route.

 

--> suite et fin au prochain article!                   

 

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