Coréens, cœur sur la main

01/09/2017

Corée du Sud / Avril-Mai 2017       

 

Passer une nuit en ferry, être réveillés par les voisins qui vomissent, devoir se rendormir avec la houle qui nous berce plus qu'on ne le voudrait, marcher jusqu'à trouver enfin un taxi, sauter le petit déj' et se retrouver sur l'île Jejudo, aux pieds du mont Hallasan, pour un dénivelé positif de 1400 mètres, voilà comment nous accueillons (ne les plaignez pas trop, ils partagent la responsabilité de cette organisation millimétrée) Adeline et Arnaud au pays du matin calme... On a connu plus calme.

 

 

Le début de la ballade est agréable, sous les arbres, des petits ponts sur des ruisseaux, il fait bon. Mais très vite le chemin commence à grimper. Bien aménagé, il est très facile de s'orienter, nous montons, et montons vite car les escaliers se succèdent et nos jambes menacent de céder. Les coréens, resplendissants dans leurs belles tenues de randonnée, parfaitement équipés des pieds à la tête, se baladent. Nous les envions un peu.


Après presque 5 heures d’ascension, le ventre vide, une barre chocolatée devient un trésor inestimable. Et bien, Adeline et Arnaud ont connu l'amour christique, lorsqu'un gentil randonneur (qui lui gambade avec ses bâtons de marche), probablement ému par leur expression fatiguée, leur tend la version coréenne d'un snickers!

 


Il faut dire qu'ils portent chacun une dizaine de kilos sur le dos! Toutes leurs affaires de voyage! (Oui tout a été parfaitement pensé avant d'entamer cette grimpette).

 

 
Nous, malgré notre barda bien plus léger, souffrons dans l'ascension, et lorsque nous croisons plus bas le donateur, il n'a plus que son sourire à nous offrir et quelques mots d'encouragement, en Français s'il vous plait!

Heureusement, les copains compenseront en nous favorisant dans la répartition des bananes (oui oui, à ce moment là c'était important!)

Anne-Tiphaine craque un peut au sommet, la pause déjeuner est vitale, genoux, mollets, dos font connaître leurs efforts, et le cri de l'estomac résonne dans son propre vide!

 

L'ascension ardue est quant à elle peu généreuse. C'est encore trop tôt pour la floraison des azalées royales, et si le début du parcours est charmant dans le joli sous-bois, la brume cache les belles vues qu'offriraient peut-être la suite de la randonnée.

 

Mais, après tant d'efforts, de fatigue pour nos organismes mal préparés, le vent froid qui bat le sommet avec nous et glace notre transpiration. Heureusement, du haut d'Hallasan le panorama nous coupe le souffle, nous transporte dans un rêve éveillé. Oublier qui nous sommes, où nous sommes, prendre conscience de la beauté de notre planète, aimer notre prochain et danser avec les loups... C'est ce que nous espérions tous secrètement, sans oser se le dire. Mais non. La grisaille, le lac de cratère à moitié sec et le vent qui nous gèle ne nous semblent pas récompenser nos efforts. Bref, c'est un peu moche.

 

 

Trois heures de descentes et ouf!
Nous nous contentons du plaisir du dépassement physique, de la marche dans la nature, et du souvenir du joyeux randonneur francophile et fournisseur de glucose!

 

 

Pour notre dernier jour sur Jeju-do, en quittant notre guest-house, nous errons un peu à la recherche du bon bus. Un papy cycliste s'arrête pour nous aider, nous comprenons qu'en bus ce n'est pas gagné. Trouver un taxi non plus... Une berline noire s'arrête. En espérant tomber sur un interlocuteur un peu plus anglophone, Bruno tape à la vitre teintée, elle descend, il pose la question et se rend compte qu'il a dérangé le passager en pleine discussion. La porte s'ouvre, un homme en costume en sort tout en poursuivant sa conversation téléphonique. Bruno espère n'avoir pas été trop impoli et rejoint le groupe qui discute avec un autre passant.

Nous sommes interrompus par l'homme en costume; tout en nous expliquant qu'il faut abandonner l'idée du bus, il fait signe à un jeune homme d'ouvrir le magasin de voitures à côté.

Une minute après nous sommes installés sur une petite table, à côté des SUV Hyundai, le patron nous fait servir des cafés en citant des personnalités françaises... Zizou!

Il nous offre alors un SUV pour poursuivre le voyage! ... non quand même pas, mais il nous appelle un taxi!

 


À Gyeong-ju, nous nous baladons à vélo au bord du lac Bodeok-dong au bord duquel nous faisons une halte. Un touriste coréen nous offre alors un sac de noix de cajou pour nous récompenser de nos efforts.

 

 

 

Après une petite ascension du temple de Bulguksa au Boudha sculpté dans la grotte de Seokguram, on nous offre des baies (que nous mangeons poliment sous le regard de notre bienfaiteur, puis  dont nous tentons de nous débarrasser en les offrant aux écureuils qui n'aiment pas non plus).

 

 


Le marché de nuit de Gyeong-ju illustre bien l'impression que nous laisse les coréens.

 

 La marchande de cochon noir semble un peu froide lorsqu'on lui commande une belle barquette de viandes succulentes. Le gras qui rebute parfois certains d'entre nous, est ici fondant et délicieux et convainc les plus hésitants.

Et pourtant lorsqu'elle surprendra Arnaud et Bruno (après avoir profité encore de la générosité coréenne, nous y reviendrons) tentant leurs plus beaux pas de danse près d'une petite scène dans le marché, elle répondra par un regard amusé et des mouvements d'une chorégraphie originale.
Ce mini-battle deviendra notre petit rituel de connivence.

 

 

C'est un peu triste, que la dernière soirée nous quitterons ce marché.
Nous avions le sentiment d'y avoir déjà nos habitudes. Le cuistot Thaï, qui fait peut-être la soupe plus marquante du voyage, met tant d'application, dans ses gestes, en servant les os de bœufs encore généreux en viande bien qu'ayant déjà donné ce fumet exquis, que sa cuisine ressemble à un geste d'amitié.
Nous y viendrons nous régaler deux soirs consécutifs.


 

 

Enfin, on s'égare. Bon, alors pourquoi dansions nous au milieu du marché?

Oui, Arnaud a acheté deux grandes bouteilles de Kass fraîche (la bière locale) à l'épicerie, mais ici il s'agit d'une histoire de générosité et aussi d'amour.

Après avoir trouvé notre bonheur auprès des nombreux stands du marché, nous nous posons sur les petites chaises en plastique sur l'une des tables centrales. Nous saluons nos voisins, un jeune Singapourien travaillant dans l'informatique, et une Coréenne, d'une cinquantaine d'années, d'excellente humeur, qui danse déjà près de sa chaise.
Bien sûr,  elle nous propose de goûter ses plats, nous offre un gâteau et surtout de partager son soju.

Kombei ! Nous trinquons donc, et mangeons dans une ambiance joyeuse en discutant avec le singapourien et en trinquant avec la coréenne. La discussion avec cette dernière étant difficile, même si un collégien joue les traducteurs; elle nous souhaite la bienvenue, nous invite à partager... Et le jeune garçon semble ensuite un peu gêné de continuer à traduire, nous le libérons donc de sa tâche.

Notre amie joviale disparait pendant que nous finissons de nous restaurer.
Nous la remarquons à nouveau lorsqu'elle pose une bouteille de soju devant le jeune Singapourien et deux autres devant nous! L'informaticien ne comprend pas bien ce qu'il se passe, gêné de l'accolade qui accompagne le cadeau, surtout qu'il ne boit pas. Tout cela nous amuse beaucoup... D'autant plus lorsqu'elle révèle un peu plus ses intentions en dansant très proche d'Arnaud, si proche que nous craignons pour son intégrité physique et qu'Anne-Tiphaine en pleure de rire.

 


Arnaud qui joue le jeu d'abord pour ne pas être blessant, commence à se méfier lorsque les mains glissent sur son torse...
J'en ris encore, je ne lui connaissais pas l'expression de son visage mélangeant sourire, amusement et une pointe de panique. Nous rions, Adeline avec une pointe de jaune.
Néanmoins tout cela met de bonne humeur, et une chose en emmenant une autre... cela peut conduire à danser au milieu d'un marché!

Une soirée mémorable, encore une fois nous remercions la générosité des personnes que nous rencontrons! (Oui il y a une vidéo... elle est à vendre!)

 



Ensuite, en route pour Danyang, et bien sûr une randonnée! 

 

 

Bon en pleine tension Trump/Kim Jong-il, voir passer des chasseurs dans la vallée juste à côté de nous est saisissant...

 


Bien que nous pouvons ici louer la générosité de la nature, nous pouvons admettre que nous sommes tout de même hors de propos. Poursuivons.

La patronne de notre guest-house préférée (Us on Earth) nous a mis dans l'ambiance: accueil chaleureux malgré un anglais approximatif, petit-déj' de champion, oeufs, toasts, biscuits, brioches, confiture, beurre de cacahuète... Dès qu'on finissait quelque chose, il y avait le double le soir.

 

Nous sommes bien!

Ah! vous ne ressentez pas la chaleur, la générosité, c'est juste une bonne adresse. Ok. Alors essayons autre chose.

Après une randonnée, et une centaine de marches (c'est le pays de la marche, singulier et pluriel), et quelques emplettes dans un magasin spécialisé, -70% (Arnaud regrette encore la veste coup de cœur mais pas à sa taille), en vue de l'ascension du Rinjani, nous voilà tous les quatre l'estomac sur les rotules, ou quelque chose dans le genre.

Arnaud, par sécurité, a acheté deux grosses bouteilles de Kass, mais c'est d'abord la faim qui nous tenaille, et nous nous rendons dans une gargote de mandus (les raviolis coréens) qu'Adeline a repérée. Nous ôtons donc nos baskets sales pour nous installer à l'une des deux tables au fond sur l'estrade et passons notre commande, impatient de cette nouvelle expérience culinaire.

La soif se faisant, et habitués au marché de Gyeong-ju où l'on achète sa nourriture et sa boisson à l'un des stands pour s'installer sur l'une des tables et partager nos victuailles, dans une convivialité et simplicité typique du sud-est asiatique, nous n'hésitons pas à demander si l'on peut se servir de la bière qu'Arnaud a dans son sac en plastique.

La patronne refuse en nous montrant un frigo où elle vend de la bière. Nous comprenons et décidons de faire le repas à l'eau, en attendant de boire nos bières dans notre petit chez nous (le haut de la guest-house est en fait un trois pièces, avec cuisine, SDB, terrasse donnant sur la montagne, le tout en accès indépendant... Oui nous l'aimons).

D'un œil averti, Bruno remarque la discussion d'un client et de la patronne attablés. Et en voyant la serveuse/cuisinière/fille de la patronne (?) aller vers le frigo, il spoile tout le monde en chuchotant  ( ...vous devinez?) :


"Ho non, c'est pas vrai, je crois qu'ils vont nous offrir des bières..."

Et nous nous retrouvons chacun devant une grande bouteille de Kass bien fraîche, la serveuse nous expliquant que le client et la patronne nous les offre!

 
Nous descendons les remercier, et semblons plus les gêner par nos remerciements que leur faire plaisir. Ils ne veulent pas nous déranger pendant notre repas...

Bon l'apéro se transforme donc en dîner et nous recommandons des mandus jusqu'à satiété. Au passage, c'est très bon! Farci au kimchi ou au poulet, chacun sa préférence.

Toujours pas convaincu?

Ok. Le doboroku est un alcool japonais obtenu en arrêtant la fermentation du saké à un stade prématuré (encore merci Mitsuru-san!). L'équivalent coréen est le makgeoli.
Après cette info culturelle indispensable, commençons l'anecdote. Donc une randonnée, ah non pardon, la visite du temple de Guin-sa (qui compte quand même son lot de marches et de dénivelé bien sûr).

Majesté, sérénité, possibilité de partager avec les moines et moinesses, un repas végétarien offert.

Comme souvent certaines parties du temples sont rénovées suite à une destruction japonaise, mais l'endroit garde sa solennité et semble être un petit village de moines.  Sa version définitive date de 1945 (rénovation en 1966).

Ces moines, qui vivaient reclus, ont poussé la pratique de l'art martial à une façon de vivre. Ils n'hésitaient pas à descendre de leur montagne pour repousser les invasions.

Enfin, il faut bien prendre le dernier bus local et quitter cette ambiance mystique.
Nous sommes accompagnés d'un joyeux drille.
Ayant très envie de communiquer, et n'ayant que nous comme interlocuteurs, il se lance avec ses quelques mots d'anglais.
Nous parlons avec les mains, mais cela reste bien difficile de se comprendre.

Néanmoins, à quelques indices, nous devinons que nous avons ici affaire à un connaisseur et tentons de lui demander où nous pourrions goûter du makgeoli.

Hooo! Mais son intérêt pour nous redouble! Il vient s'installer près de nous, et nous comprenons qu'il connait quelques adresses. Si nous voulons boire des bières, il nous accompagnera volontiers. Sa drôle de dégaine, très négligée, ce qui semble encore plus négligé pour un coréen, ne nous rassure qu'à moitié. Nous lui faisons comprendre que plus que boire, c'est boire du makgeoli qui nous intéresse.

 

 

La conversation se résume à un échange d'incompréhensions, jusqu'au mot makgeoli que tout le monde reprend avec enthousiasme!

Mais la détermination de notre joyeux luron ne flanche pas, il interpelle le chauffeur, qui ne semble pas pouvoir nous aider pour trouver un lieu qui sert le fameux breuvage, il n'abandonne pas, passe des coups de fils... 

Toutefois il semble finalement résigné, à son ton , nous comprenons que la requête n'a pas abouti.

Alors il nous invite chez lui.

Hum, bon nous sommes quatre, bon pourquoi pas, au pire si c'est un squat sordide, nous trouverons une excuse pour nous échapper.

Nous laissons donc passer notre arrêt de bus pour descendre avec lui, avec une légère méfiance et sans conviction réelle. Nous le suivons... Et nous retrouvons dans une gargote!

Et le vagabond devient un gentil tonton! Nous pensons être dans l'établissement de sa sœur. Il ne boira pas de makgeoli avec nous. Il préfère le soju (équivalent du sochu japonais).

 


Nous sommes les seuls clients, probablement que nous débarquons après l'heure de fermeture. Nous nous installons pendant que sa sœur se met aux fourneaux, sans qu'on ne demande rien. Elle nous sert le fameux kimchi jeon ("Pancake" salé de kimchi, c'est assez loin du pancake à vrai dire) , ainsi qu'une sorte de galette de pommes de terre dont nous ignorons le nom et d'autres mets encore.

Apparemment pas question de boire du makgeoli le ventre vide!

Et nous voilà, accueilli comme des amis. Un petit tyrannosaure fait vibrer de ses pas et ses cris notre table. Adeline hésite à kidnapper le petit bout de la famille. On apprécie d'autant plus nos boissons, et les petits plats préparés minute, dans cette ambiance chaleureuse!

 

 Une boutade, un peu moqueuse, et c'est la gentillesse qui lui a répondu.

Humbles, nous remercions sincèrement notre ami, qui nous offre un des moments les plus agréables de notre séjour Coréen.

Kombei ! Nous trinquons et profitons du confort serein qu'apporte une journée, bien remplie, une bonne compagnie, le ventre plein, et la douceur du makgeoli.

Alors me direz-vous, c'est la bonhommie des gens de province.

Soit, rendez-vous à l'épisode 2 à Seoul! 

 

 

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