Fait-on de l'auto-stop si personne ne stoppe?

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Mes hôtes étant partis visiter la mère de Chieko, je suis libre entre 9h et 18h, heures des ballades de Gonchan, j'ai choisi de visiter le temple shintoïste le plus célèbre de la région, Munakata Taisha, classé au patrimoine mondiale de l'UNESCO, excusez moi du peu.

Alors, j'ai le choix entre mon petit vélo rouge, pas trop pratique pour faire beaucoup de route, le bus (les bus plutôt, d'après Google je dois en prendre trois), ou...

L'auto-stop?!

Depuis le temps que je veux essayer ! En voiture j'en ai à peine pour vingt minutes, kanpeki, parfait!

Soyons stratégique ; il faut du passage, mais aussi que ce soit relativement pratique de faire un arrêt. Après réflexion, je me poste au 7eleven, le petit konbini du coin; il y a un parking, les gens peuvent s'arrêter et le commerce donne sur la route qui est un peu LA départementale du coin.

Il y aussi ceux qui me voient en arrivant pour faire leurs courses et en repartant. Avec un joli sourire, ça devrait le faire!

 

Je repense au moment où l'on cherchait une queue de courant en Mongolie pour lancer notre canne à pêche, et à l'excitation ressentie en pensant avoir trouvé l'endroit parfait.
 

Je me lance, le pouce fier et dressé dans la brise fraîche. Et j’attends que ça morde.

 

 


Une trentaine de voitures passent. Certains font mine de ne pas me voir, d'autres font un écart alors que je suis à deux mètres de la route. Là un regard intrigué, ici un sourire, mais personne ne s'arrête.

 

De manière générale les japonais sont très aimables, mais ne sont pas à l'aise lorsqu'on les place dans une situation qui dérange les codes sociaux...

 

Je me souviens avoir lu quelque chose comme cela quelque part. Mais je n’aime pas trop ce genre de généralité, souvent écrite par un spécialiste qui a passé une semaine dans le pays.

 

Une fine pluie me mouille le visage. En Mongolie, on avait fini avec de l'eau jusqu'aux genoux, changé d'appâts et de manière de lancer, coincé l'hameçon dans les rochers, dans des branches, on avait cassé la bobine, réparé la bobine, re-réparé la bobine... Même pas une touche.
Aujourd'hui, sans même une pancarte pour indiquer ma destination, j’ai l’impression que les poissons ne sont pas plus tentés par l’appât au bout du pouce qu'ils l'étaient par la sauterelle au bout de la canne…

 

J'ai déjà faim et je pense à du poisson grillé, à déguster sur les berges d'une rivière mongole, adossé à ma fidèle monture...

L'auto-stop, cela doit être comme la pêche, il n'y a qu'à la télé que cela a l'air facile.

Là une question me vient : si cela se trouve, je suis le seul à penser que je fais de l’auto-stop, les gens ne voient peut être qu'un benêt qui les encourage à vivre heureux en levant le pouce; j'en viens à me demander si au Japon, il ne faut pas faire autre chose que lever son pouce pour faire de l'auto-stop... J'aurais vraiment dû faire une pancarte.
 


- Tu vas où?  (je vous fais de la traduction instantanée, je suis bon.)

Mon cœur bondit, jamais je n'ai perdu confiance. Je me retourne pour identifier mon interlocuteur. Ha, il veut bien m'accompagner, mais d'abord on doit aller ramasser des pousses de bambous, et dans trois heures, il pourra m’emmener. Hum, pas possible j'ai mon impératif Gonchan à 18h, impossible qu'il rate sa ballade.
Je le remercie et reprends espoir.

En attendant, je me mets un peu de musique , en me connectant au wifi du 7eleven. Une bonne dizaine de minutes passent, et beaucoup plus de voitures...
 


- Où veux-tu aller ?  M’interpelle un homme avec une casquette.

- à Munakata-taisha !
- Ha non, ce n'est pas ma direction.
- Et bien merci beaucoup tout de même. 


Bon, bon, allez le prochain c'est le bon. Jamais deux sans trois! Quoi que, je ne sais pas trop si cela va dans mon sens. Aïe le temps se gâte, j'espère que...
 

- Allez, viens je t'emmène!
- Vraiment? Je vous remercie  très sincèrement !

 
Je me dépêche de me diriger vers la place passager, de peur que l’homme à la casquette ne change d'avis.


Faire quelques courses lui a sûrement laissé le temps de me prendre en pitié ! La pluie qui s'est un peu intensifiée m'a également peut-être filé un coup de main.... Ou est-ce un dieu du panthéon shintoïste qui a envie d'une visite?

Il ne parle pas anglais, parfait ; il faudra faire avec mon japonais hésitant : une bonne occasion de pratiquer ! Cela l'amuse de rencontrer un prof de math, français, qui travaille dans les champs, dans le petit village de Takemaru, et qui fait du stop. Mais la démarche lui plaît.
Il s'arrête pour une livraison, et sa journée est finie. 39 ans, trois enfants. Je lui dis qu'il doit être content de pouvoir rentrer voir sa famille et profiter de l'après-midi...Non.

Il a un deuxième emploi, il reprend à 15h. Trois heures de pause seulement.

 

- Hé oui j'ai deux emplois.

- Hé oui tu as trois enfants!

 

Il rit de bon cœur.


Nous voilà arrivés au temple. Il me parle de ma visite, du temps, de l'heure, il parle vite, je ne comprends pas. Je lui dis que je ne sais pas combien de temps il faut pour visiter, il a l'air embêté.
Je ne sais pas s'il me dit poliment au revoir ou autre chose, j'hésite : le remercier et partir alors qu'il me demande peut être s'il peut m'accompagner, ou rester, alors qu'il veut peut-être juste rentrer rapidement se reposer.


Je sors de ma confusion et lui demande de parler plus doucement, il se répète tout en cherchant un papier pour me donner son numéro... Et je comprends!

Il s'inquiète pour mon retour et me demande combien de temps je pense visiter afin de revenir me chercher ensuite... Je suis touché, alors tant pis, ce n'est pas très japonais, mais je lui serre chaleureusement la main, en lui disant qu'il est vraiment quelqu'un de gentil. Je regrette presque de refuser son offre, ce serait sympa de le revoir, mais le pauvre entre deux boulots, jouer le taxi... Pas cool.

- Sayonara.

 

Finalement nous nous quittons. Tiens, la pluie s'est arrêtée, et il y a vraiment des humains sympas. Je passe le tori de l'entrée des lieux. Je suis heureux et un peu frustré de ne pas partager ce moment, mais je me sens bien.
 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce temple est en fait le lieu d'habitation de deux déesses majeures qui protègent les marins entre le Japon et la Corée. Jamais deux sans trois me direz-vous, et en effet la troisième réside dans un temple sur une île au large. Une fois dans l'année, la déesse solitaire fait elle aussi du stop!

 

Les marins l'emmènent ici, elle voyage dans un temple miniature, qui joue le rôle de mobil-home. Ainsi les déesses peuvent passer un moment toutes les trois, à discuter de tout et de rien comme font les vieilles amies.

 

Une belle visite, j'en deviendrais presque shintoïste, néanmoins, je dois rentrer. Et je sens bien que d'aller du petit village vers le haut lieu touristique est plus simple que dans l'autre sens. Je reporte le problème et décide d'aller manger...

 

Le retour ? Et bien le retour a été en effet plus compliqué, mais c'est une autre histoire, l'histoire d'un nigérian, d'un français et d'une japonaise, oui c'est en effet un peu une blague, mais de bon goût.

 

Pour la suite : ici 

 

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